décembre 29, 2008

DIAGNOSTIC DE LA PAUVRETE DES ENFANTS EN HAITI...

Diagnostic de la pauvreté des enfants en Haïti

Une étude de l'UNICEF et l'Université Bristol de Grande Bretagne présente des données alarmantes sur les nombreuses privations dont souffrent les enfants haïtiens.

« La pauvreté absolue des enfants en Haïti au 21e siècle » est le titre du rapport présenté officiellement, hier soir, au Karibe Convention Center devant un parterre de représentants du gouvernement haïtien, du corps diplomatique, de membres d'organisations internationales et de journalistes. Cette étude réalisée par l'UNICEF et l'Université Bristol de Grande Bretagne, selon la représentante de l'UNICEF en Haïti, Annamaria Laurini, se base sur « des statistiques nationales issues des enquêtes EMUS 2000 et EMMUS 2005-2006 ».

« L'originalité de la présente étude repose sur le concept de privations dont les pauvres font l'expérience », a-t-elle soutenu. Ces privations, dit-elle, « couvrent une variété de conditions autres que les revenus monétaires. De ce point de vue, la pauvreté est mieux comprise comme une privation des besoins de base dont l'alimentation ; l'accès à l'eau potable et aux facilités d'hygiène et d'assainissement ; l'accès à l'éducation, à la santé, à l'habitat et à l'information. »

La pauvreté, suivant l'étude, est interprétée aujourd'hui comme étant un état de privation des 7 besoins de base cités plus haut. « L'enfant dépourvu d'accès d'au moins un de ces besoins de base est considéré comme souffrant d'une privation sévère. Quand le nombre de ces besoins de base dépasse 2, l'enfant est alors considéré en situation de pauvreté absolue. »

Ce rapport présente les disparités géographiques et socio-démographiques relatives à la pauvreté des enfants. Entre 2000 et 2006, dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince et les autres villes, la pauvreté chez ces derniers était en hausse et avait même doublé. Tandis que dans les communes les plus petites et les zones rurales, la pauvreté avait légèrement régressé.

Principaux constats faits en 2005

« Plus de la moitié des enfants d'Haïti (2,1 millions) étaient gravement privés de logement. Plus de 4 enfants sur 10 (1,7 million) étaient gravement privés d'installations sanitaires, vivant dans des maisons sans aucune toilette ; 1/3 des enfants étaient gravement privés de soins de santé, n'ayant reçu aucun vaccin, ni aucun traitement médical lorsqu'ils souffraient de maladies graves ; environ 1 enfant sur 5 (861,000) étaient gravement privés d'accès à l'eau, buvant celle provenant de sources ouvertes non sûres (étangs, barrages) ou obligés de marcher de longues distances (trajet aller-retour d'au mois 30 minutes) afin de se procurer une eau dont il n'est pas possible de transporter en quantité suffisante tout en maintenant un bon état de santé ; ¼ de million d'enfants entre 7 et 18 ans n'avaient jamais été à l'école ; 5% des enfants âgés de 3 à 18 ans étaient gravement privés d'accès à l'information et ne disposaient d'aucune source d'information chez eux sur le monde extérieur, c'est-à-dire pas d'accès à un poste de radio ou de télévision, à un ordinateur, à un téléphone ou à des journaux. La proportion d'enfants vivant dans la pauvreté absolue étaient évalués à 15% en zones urbaines et souffraient de privations graves, cette proportion atteignait 84% en zones rurales. Une grande majorité d'enfants haïtiens connaissaient des conditions de vie particulièrement difficiles et leurs besoins fondamentaux n'étaient pas satisfaits », constate l'étude publiée par l'UNICEF.

Le directeur régional pour l'Amérique latine et les Caraïbes, de l'UNICEF, Nils Kastberg, a fait savoir pour sa part que cette étude présente un ensemble d'expériences réalisées dans plusieurs pays de l'Amérique latine, notamment le Brésil et le Mexique. Il a noté que les gouvernements de ces pays sont venus en aide aux femmes et aux enfants en les octroyant des transferts d'argent. « Un pays comme le Brésil offre ce type d'appui à plus de 11.000.000 de femmes », a fait observer Kastberg.

Le gouvernement prend acte

« Le gouvernement d'Haïti se sent très à l'aise par rapport aux propositions de Kastberg concernant les transferts conditionnés. Ce qui a été fait dans d'autres pays de l'Amérique latine peut être un exemple enrichissant pour Haïti », a déclaré le ministre de la Planification et de la Coopération extérieures, Jean-Max Bellerive.

« Les recommandations du rapport sur la pauvreté absolue des enfants en Haïti au 21e siècle seront prises en considération », a déclaré au cours de la cérémonie de présentation haïtiende ce document le chef de cabinet du Premier ministre, le Dr Daniel Henrys, qui prenait la parole au nom du chef du gouvernement.

« Nous ne voulons pas cacher que la situation générale des enfants est dramatique comme le montre le rapport. Elle l'est certainement encore plus depuis les dernières catastrophes qui se sont abattues sur le pays », a dit le Dr Henrys.

« Le gouvernement, a-t-il ajouté, s'engage tout de suite dans le cadre de sa politique générale à mettre en oeuvre ou à poursuivre les actions pouvant avoir un impact sur la situation des enfants, car comme le dit le rapport, les enfants ne peuvent pas attendre des résultats qui n'arriveront que dans 20 ou 30 ans. »

Il a reconnu que les interventions de l'UNICEF, - en appui aux actions des dirigeants nationaux et locaux - sont basées, pour la plupart, sur des études dont les rapports ont toujours été d'une grande utilité pour le gouvernement haïtien. Aussi a-t-il conclu que « les résultats de ce rapport sont pertinents pour le décideur politique qu'est le gouvernement. »

Ce rapport de l'UNICEF vient mettre en lumière la situation des enfants d'Haïti resté pendant trop longtemps dans l'ombre. « Mettre fin à la pauvreté absolue des enfants ne devrait pas seulement être une priorité politique, cela devrait aussi être la priorité politique. »


Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr


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