juillet 31, 2014

QUELLE CONSTITUTION POUR QUELLE SOCIÉTÉ?

Par Jean-Marie Mondésir
À chaque fois qu'on aborde la question de Constitution de 1987, tout le monde se prononce et s'improvise sur le modèle de loi fondamentale qui faciliterait une société de droit dans le pays. On doit reconnaitre que la Constitution d'un pays est la loi mère de toutes les lois. Elle constitue la base principale de la structure organisationnelle d'une société juste et équitable.
Dans le cas d'Haïti, la Constitution de 1987 a été le pire cauchemar de ce pays. Cette Constitution a été proclamée dans l'euphorie populaire après la chute des Duvalier sans une analyse en profondeur. Elle est truffée de confusions, elle est la source de division entre les fils d'une même nation. Les juristes-constitutionnalistes qui conseillaient les constituants de l'époque n'avaient pas de vision à long terme. Ils ont proposé un modèle de Constitution qui ne correspondait pas à la réalité du pays sans évaluer les coûts économiques et financiers des réformes institutionnelles préconisées. C'était une erreur capitale et monumentale, nous sommes en train de vivre les conséquences de nos actions serviles en imposant des institutions qui ont la difficulté à se mettre en place après plus de 25 ans d'existence.
On peut citer à titre d'exemple : le Conseil de la magistrature, la Haute Cour de justice, le Conseil électoral permanent, les forces armées et la Police, la décentralisation des collectivités territoriales, etc. Les institutions prévues par la Constitution représentent un fardeau économique pour le pays. Tout amendement constitutionnel est bienvenu, même si cela ne va pas résoudre le problème de gouvernance de ce pays.
Dans l'état actuel du pays, la décentralisation n'est pas la solution, car il existe trop de disparités socio-économiques dans les régions et les inégalités vont toujours y persister. Il nous faut non seulement penser à la déconcentration des services publics, mais aussi il est important d'éduquer la population sur la nécessité de contribuer au développement de son milieu de vie. De plus, il est utile aussi d'instituer des politiques publiques qui répondent au besoin des collectivités territoriales à l'échelle nationale. Pour ce faire, nos dirigeants ne doivent pas accepter le diktat de la communauté internationale qui les oblige à faire des choses contraires à leur volonté. Il revient aux Haïtiens de s'unir au-delà de tout esprit partisan pour contribuer à la reconstruction du pays. On a identifié deux cancers qui rongent ce pays : la politique partisane et la religion. Les pseudo-démocrates doivent cesser de diviser le peuple pour satisfaire ses ambitions politiques. On doit adopter un modèle de l'État laïque où tout le monde pratique sa religion sans s'immiscer dans les affaires d'État. C'est ainsi qu'on parviendra à construire une société juste, libre et démocratique. La reconstruction d'Haïti doit se faire dans l'harmonie et la tolérance au-delà de toutes les considérations idéologiques et politiques pour favoriser le développement dans l'intérêt collectif...

Jean-Marie Mondésir
Juriste haïtien
Spécialiste en droit civil
Président de Société de juristes